Communiqués - 2000
Lettre à la rédaction du National Post
La lettre qui suit a été écrite en réponse à un article de Diane Francis, paru dans le National Post du 21 octobre 2000. Cette lettre a été publiée intégralement dans le National Post du 31 octobre 2000.
Le 25 octobre 2000
Lettre à la rédaction du National Post
La déclaration de madame Diane Francis dans le National Post du 31 octobre 2000 (Frightful politics the norm throughout North America), selon laquelle le Conseil des arts « accorde ses subventions à des artistes qui répondent à des critères de rectitude politique et dont les oeuvres sont pour la plupart invendables », est aussi fausse que gratuite.
L'an passé, le Conseil des arts du Canada a octroyé 103 millions de dollars, et non 116,5 millions tel que le mentionnait l'article. De cette somme, 80 millions ont été attribués à des galeries d'art, à des orchestres symphoniques, à des théâtres, à des compagnies d'opéra et de danse, à des éditeurs, à divers organismes artistiques du Canada et, d'une certaine façon, à plusieurs millions d'amateurs d'art,
S'inspirant du pire cliché, madame Francis accuse le Conseil des arts de faire preuve de « rectitude politique » (comme si le sens de cette accusation allait de soi). En fait, si madame Francis veut sous-entendre que les subventions sont accordées pour d'autres raisons que celle du mérite artistique, elle se trompe lourdement. Les subventions du Conseil sont accordées selon un processus d'évaluation par les pairs, qui est des plus rigoureux. À preuve de la grande compétitivité et des hautes normes de qualité artistique instaurées par les membres des jurys, seule une demande de subvention sur cinq (et encore!) de la part d'artistes se voit octroyer une subvention. Si l'accusation signifie que les subventions sont attribuées « par rectitude politique » à des artistes de couleur, d'origines culturelle ou nationale autres que les siennes, elle devrait examiner n'importe lequel des milieux urbains canadiens pour constater que le Conseil ne fait que refléter l'étonnante diversité artistique professionnelle qui règne au Canada.
De plus, sur quoi repose l'assertion désignant des « artistes dont les oeuvres sont invendables » et qui vise-t-elle au juste? On sait bien que des artistes qualifiés d'invendables ou d'offensants par une génération deviennent, pour une autre, des classiques mondialement reconnus. Il suffit de prendre l'exemple des Impressionnistes, du Groupe des Sept ou de Stravinsky pour s'en rendre compte ou, encore, de consulter la liste des artistes qui ont reçu l'appui du Conseil des arts en début de carrière (alors qu'ils étaient méconnus et « invendables ») pour y trouver les noms d'artistes éminemment reconnus, tels les cinéastes Atom Egoyan et David Cronenberg; les écrivaines Margaret Atwood et Alice Munro, les musiciennes Angela Hewitt et Diana Krall; et les artistes en arts visuels Michael Snow et Jeff Wall. Selon moi, ces subventions sont des investissements dans la recherche et le développement : ils représentent un risque nécessaire et un investissement dans l'avenir culturel et artistique du Canada, et cela, à des coûts très abordables.
C'est grâce aux investissements soutenus de notre pays, par l'entremise du Conseil des arts et du financement public provenant de tous les paliers de gouvernements, que le Canada peut s'enorgueillir de posséder une scène artistique importante, reconnue comme ici et l'étranger.
Veuillez recevoir mes salutations sincères,
La directrice,
Shirley L. Thomson