Arnait Video Productions : les femmes inuites racontent leur histoire

Madeline Ivalu et son petit-fils, Paul-Dylan Ivalu pendant le tournage du film
Le jour avant le lendemain
Photo : Oana Spinu / Igloolik Isuma Productions
Histoires d'artistes
Depuis sa sortie en 2001, Atanarjuat : l’homme rapide, premier long métrage en langue autochtone réalisé au Canada, a mérité à ses producteurs du Nunavut, Igloolik Isuma Productions, une reconnaissance internationale et plusieurs prix, notamment le prix de la Caméra d’or du Festival international du film de Cannes (prix décerné au meilleur premier long métrage) et cinq prix Génie, dont celui du meilleur film.
Au printemps de 2007, Arnait Video Productions, un regroupement de femmes ayant obtenu le soutien de Igloolik Isuma Productions, lanceronta leurson premier long métrage, Le jour avant le lendemain. Comme Atanarjuat, le film a été entièrement tourné en inuktitut.
Adapté du roman Før morgendagen [Le jour avant le lendemain] de l’écrivain danois Jørn Riel, ce film, évocation d’une collectivité inuite décimée par une maladie inconnue contractée à la suite du passage de colons européens, raconte l’histoire d’une femme qui, alors qu’elle lutte pour sa survie avec son petit-fils, prouve que la dignité humaine est l’essence de la vie.
Cette production est l’aboutissement d’une entreprise monumentale. Isuma a en effet amassé 3,5 millions de dollars pour ce film (ce qui surpasse le budget de 1,5 million d’Atanarjuat). Le tournage, qui s’annonce très exigeant, puisqu’il se déroulera sous le climat sauvage de Puvirnituq, dans le Nord québécois, s’échelonnera sur toute l’année 2006.
Dans Le jour avant le lendemain, Madeline Ivalu et son petit-fils, Paul-Dylan Ivalu, jouent les personnages principaux. Cette dernière participe également à la réalisation du film avec Marie-Hélène Cousineau, une vidéaste montréalaise qui s’est installée à Igloolik et a aidé à fonder le collectif en 1991 (connu à l’origine sous le nom de Women’s Video Workshop of Igloolik). Madeline Ivalu occupe actuellement le poste de coordonnatrice au sein du collectif.
Madeline Ivalu, qui a aussi participé à la rédaction du scénario, est associée à Arnait Video depuis ses débuts. Elle y fut conseillère culturelle et y a réalisé des interviews pour les projets d’archives sur vidéo intitulés Women/Health/Body et Itivimiut, tout en cumulant les multiples fonctions de conteuse, musicienne, actrice et scénariste pour Qulliq, Ataguttaluk Starvation, Piujuq et Angutautuq — des œuvres courtes qui, en associant des chansons à des mots, redonnent vie aux pratiques traditionnelles.
Si toutes ces œuvres soulignent la spécificité culturelle des femmes d’Igloolik, l’objectif de Arnait Video Productions est toutefois de leur conférer une portée universelle. Bien que le film Le jour avant le lendemain rende hommage à la difficile vie des femmes du Nord d’antan, son message intemporel, soit celui de triompher sur l’adversité, est toujours aussi pertinent pour les femmes d’aujourd’hui, où qu’elles vivent.
La force de Arnait Video réside dans une approche qui respecte et reflète les valeurs culturelles et les traditions authentiques de la collectivité. Les femmes travaillent collectivement à la création des scénarios, à la réalisation des costumes et à la direction des acteurs.
En 2005, le collectif figurait parmi les 15 organismes artistiques autochtones canadiens ayant reçu une aide du programme Initiative d’accroissement de la capacité des organismes artistiques autochtones, programme créé conjointement par le Conseil des arts du Canada et le ministère du Patrimoine canadien, et administré par le Bureau des arts autochtones du Conseil des arts du Canada.
Le programme Initiative d’accroissement de la capacité des organismes artistiques autochtones offre un soutien au travail en réseau, aux collaborations, aux forums, aux ateliers et aux activités de mentorat; son volet intitulé Visons grand permet aussi aux organismes d’embaucher des consultants ou des experts.
Malgré des conditions sociales et financières difficiles, les femmes de Arnait Video ont fait preuve d’initiative et de détermination dans leurs projets visant à documenter leur vie et leur patrimoine. « Notre histoire est utile et ne doit pas tomber dans l’oubli. Les femmes peuvent réaliser tout ce qu’elles veulent », soutient Susan Avingaq, écrivaine, actrice et musicienne
Arnait Video Productions en est la preuve.
Traduction du texte de Christopher Guly