Nota : Bien que le site ait été conçu pour offrir un visionnement optimal aux navigateurs conformes aux normes Web, le contenu du site est toujours accessible à tous les navigateurs. Veuillez consulter nos conseils de navigation.

Une communauté d'artistes - Nos rêves artistiques sont soutenus par les subventions du Conseil des arts du Canada

Shirley L. Thomson
Directrice du Conseil des arts du Canada
Février 2000

Si certains doutent encore de l'ancien adage qui dit que savoir un peu est une chose dangereuse, la dernière attaque dont font l'objet les subventions du Conseil des arts du Canada devrait finir par balayer ces doutes.

En mettant l'accent sur quelques subventions aux titres provocateurs, les médias rendent un mauvais service aux Canadiens. Il ne s'agit pas ici des possibilités artistiques des pamplemousses, mais de l'exactitude des informations diffusées. La douzaine de projets qui font les manchettes, tout méritoires soient-ils, sont loin de représenter le gros de l'aide du Conseil.

Près de 80 p. 100 de cette aide est accordée, en réalité, à des organismes, et non à des particuliers. Ces organismes ont un public et des sources de revenus, mais ce n'est pas tout à fait assez pour être financièrement autonomes. Parce qu'ils prennent des risques, expérimentent, ils vont probablement continuer à ne pas en avoir « tout à fait assez ». Ne pas en avoir « tout à fait assez » est une situation courante dans le monde des arts, tant pour les organismes que pour les particuliers. Les artistes tendent à subventionner la majeure partie de leur travail, à délaisser des professions mieux rémunérées par amour pour leur art.

L'artiste de la Nouvelle-Écosse Michael Fernandes a sollicité une subvention, selon ses termes quelque peu ironiques, « pour travailler pendant 18 mois sans les pressions financières habituelles ». Ce que les journaux ont omis de dire, c'est qu'au cours de cette période de 18 mois, il produira trois expositions solo pour des galeries d'art du Manitoba, de la Saskatchewan et de la Colombie-Britannique, et qu'il a plus d'une vingtaine d'expositions solo à son actif dans tout le Canada depuis 30 ans. Il a reçu une subvention (déclarée imposable par Revenu Canada) de 34 000 $ - ce qui équivaut à un montant annuel avant impôt de 22 666 $, pas tout à fait assez pour mener un train de vie excessif.

À l'autre extrême (Fernandes étant au sommet!), l'artiste Myfanwy Ashmore, de Toronto, a reçu une petite subvention (4 100 $) pour créer « un mécanisme de communication facilitant l'interaction avec des pamplemousses en décomposition ». Le principe de chimie en cause ici est bien connu de tous ceux qui ont déjà été à une exposition scientifique d'une école secondaire. L'aspect intéressant de ce projet est qu'il explore la relation ou l'interaction entre la vie organique et la technologie. C'est une question qui capte l'imagination de bien des jeunes artistes canadiens.

Un autre artiste de Toronto, David Rokeby, est l'un des premiers à utiliser la technologie pour réfléchir à des questions d'intérêt humain. Il explore par la technologie informatique les relations entre l'intelligence humaine et l'intelligence de la machine au moyen de l'art vidéo interactif. Un résultat accidentel de son travail est que la technologie qu'il a mise au point pour des installations artistiques est maintenant utilisée dans les programmes de réhabilitation de personnes handicapées.

Les jeunes s'intéressent beaucoup au travail de David. « Les jeunes trouvent passionnant, dit-il, de voir la technologie utilisée de façon artistique. Les frontières entre l'art, la science et la technologie ne sont pas inhérentes, bien qu'on ait tendance à les séparer à l'école. Le fait de voir une œuvre d'art intéressante qui utilise la technologie encourage les jeunes à continuer à croire à cette relation entre les disciplines. »

L'art, très souvent, cherche à aller au-delà des frontières. La créativité, en effet, consiste à voir les choses sous de nouveaux angles. L'art ouvre de nouveaux horizons pour l'imagination. Or l'originalité de la pensée, la prise de risques, l'ouverture à ce qui est nouveau, sont des qualités très prisées dans bien d'autres domaines que les arts.

Dans ses Massey Lectures, Northrop Frye a dit ce qui suit : « L'art est un rêve pour les esprits éveillés, une œuvre d'imagination tirée de la vie ordinaire, dominée par les mêmes forces qui dominent le rêve, et pourtant il nous présente une perspective et une dimension de la réalité que ne donne aucune autre approche. »

L'art contemporain peut être difficile. Il ne parle pas directement; il utilise des images bizarres; ses messages ressemblent aux messages des rêves. Il demande au public d'entrer dans l'inconnu.

Le Canada est fortuné d'avoir une communauté artistique de qualité supérieure. Bon nombre de nos artistes jouissent d'une renommée internationale et bon nombre attribuent leur succès à l'intervention du Conseil des arts du Canada et d'autres organismes de financement des arts, qui ont reconnu leurs possibilités et qui leur ont donné les moyens de les réaliser.

Tous les artistes n'accèdent pas à la notoriété internationale. Tous les scientifiques ne sont pas des prix Nobel. Mais en soutenant les diverses formes de l'art avec intelligence et diligence, nos organismes publics assurent le modeste maintien d'une vigoureuse communauté artistique qui nous donnera les Ben Heppner et les Margaret Atwood de demain.