Le contexte actuel pour les arts et le Conseil
Vous trouverez ci-après une brève description des principales tendances qui exercent une influence sur les arts et, par conséquent, sur le Conseil.
Changements démographiques et sociaux
Le Canada en évolution est le reflet de quatre tendances démographiques et sociales qui se recoupent :
- La diversité culturelle et raciale croissante au sein de la population canadienne.
Statistique Canada prévoit qu’en 2017, au 150e anniversaire du Canada, un Canadien sur cinq sera membre d’une « minorité visible ». Statistique Canada rapporte qu’un taux de croissance de 56 % à 111 % est prévu chez les Canadiens de minorités visibles, alors qu’un taux de croissance de 1 % à 7 % est projeté pour le reste de la population. Les minorités visibles représentent déjà plus de 36 % de la population dans les villes de Toronto et de Vancouver, ainsi qu’un pourcentage appréciable de la population de Montréal et d’autres grandes villes. De plus, la presque totalité de la croissance de la main-d’œuvre est attribuable à l’immigration. Dans l’ensemble, les communautés de minorités visibles sont en moyenne plus jeunes que le reste de la population (selon les définitions de Statistique Canada).[1]
- La croissance rapide – et la jeunesse – de la population autochtone vivant dans les réserves et en milieu urbain.
Toujours d’après Statistique Canada, la population d’Autochtones au Canada augmente à un rythme deux fois plus élevé que le taux de croissance de l’ensemble de la population et, selon les projections, ce groupe représentera plus de 4 % de la population canadienne d’ici 2017. La population autochtone est la plus jeune cohorte de population au Canada, la moyenne d’âge y étant inférieure de 12 ans à celle du reste de la population.[2]
- L’urbanisation croissante de la population canadienne et la concentration d’artistes professionnels dans les villes.
Le Canada est aujourd’hui l’un des pays les plus urbanisés au monde et presque 80 % de sa population habite dans des villes : ce phénomène est attribuable en grande partie à la répartition des immigrants. La plus forte croissance a été rapportée dans les régions métropolitaines de recensement de Toronto, de Montréal, de Vancouver et de Calgary-Edmonton. La population est stagnante ou a diminué dans de nombreux centres urbains plus modestes et dans les zones rurales.[3]
Les villes attirent aussi les artistes et l’activité artistique professionnelle. Les 10 plus importantes municipalités canadiennes accueillent 29 % de la main-d’œuvre du pays, mais 45 % des artistes. Près de la moitié (48 %) des artistes vivent dans les régions métropolitaines de Toronto, de Montréal et de Vancouver. Il en est de même à l’échelle provinciale, où les artistes se concentrent dans les villes les plus importantes. Parmi les exemples figurent le Manitoba (75 % des artistes habitent à Winnipeg); la Saskatchewan (62 %, à Regina ou à Saskatoon); la Nouvelle-Écosse (57 %, à Halifax); et Terre-Neuve-et-Labrador (46 %, à St. John’s).[4]
- Le vieillissement de la population canadienne.
Le nombre de Canadiennes et Canadiens de plus de 65 ans a presque doublé depuis le début des années 1980 et il doublera encore dans les deux prochaines décennies.[5] Il est vrai qu’un nombre plus élevé que jamais de personnes âgées maintient un niveau élevé d’activité physique et participe aux activités communautaires et, par conséquent, que ces personnes pourraient s’engager dans les arts en tant que créateurs, participants ou bénévoles. Cependant, le vieillissement de la population et la retraite prochaine de la génération du baby-boom amplifieront grandement l’importance des jeunes comme futurs artistes, chefs de file des arts et membres de publics.
Changements dans les attitudes du public et dans l’ensemble de la société
- À cause des nouveaux régimes de travail et de nouvelles structures familiales et sociétales, il y a moins de temps à consacrer à la participation aux arts et au bénévolat (gens pressés, familles monoparentales, personnes occupant plus d’un emploi, etc.)
- La concurrence accrue de la culture populaire axée sur les vedettes et les parts de marché pour l’attention du public et l’arrivée de nouveaux moyens technologiques d’accéder aux arts.
- L’évolution des attentes des publics : certains publics canadiens recherchent une participation directe, interactive et « sans médiation » aux activités créatives, alors que d’autres sont des consommateurs de plus en plus passifs qui perçoivent les arts sous forme de très courts extraits sonores ou par l’entremise d’une variété de médias, et non « en direct ».
- La reconnaissance croissante du fait que tous ont droit à la culture et à l’expérience des arts qui les intéressent, ainsi que l’élargissement, par le public, de la définition des « arts » (professionnels, amateurs, de loisirs, communautaires, commerciaux, populaires, etc.)
- Un public qui exige de plus en plus que les institutions gouvernementales et les organismes bénéficiant d’un soutien de l’État fassent la preuve que leur contribution à la société est valable et mesurable.
- Des changements dans le traitement que les médias accordent aux arts : l’espace et le temps d’antenne consacrés aux reportages sérieux sur les arts diminuent et il y a une tendance au sensationnalisme dans le traitement des polémiques dans les arts, alors que les sources médiatiques alternatives (les magazines électroniques, les sites web, les blogues, etc.) offrent une meilleure couverture du domaine des arts.
Changements au sein de la communauté artistique
- La diversité croissante des pratiques artistiques professionnelles au Canada.
- La croissance continue du nombre d’artistes et de la taille de la main-d’œuvre artistique, ainsi que l’apparition de nouveaux groupes et projets artistiques canadiens. [6]
- L’incidence remarquable des nouvelles technologies sur la façon de créer, de produire et de diffuser les arts.
- Une augmentation de l’interdisciplinarité et de la multidisciplinarité, à mesure que les limites traditionnelles entre les disciplines, les genres et les pratiques s’estompent.
- L’intérêt croissant des artistes, notamment des jeunes, pour les collaborations avec les communautés et les secteurs autres que celui des arts (l’environnement, la santé, la justice, les droits de la personne, etc.)
- Les artistes qui doivent composer leur vie professionnelle de plus en plus souvent à partir de fréquents passages de la pratique à but lucratif à la pratique à but non lucratif et à la pratique artistique communautaire.
- Les organismes artistiques qui subissent des pressions financières plus en plus fortes : ils doivent augmenter leurs recettes et les fonds qu’ils obtiennent du secteur privé ; attirer et diversifier leurs publics; et trouver des façons novatrices de nouer le dialogue avec eux.
- Des mesures plus généreuses pour encourager le secteur privé à contribuer aux organismes artistiques à but non lucratif, à la suite de changements aux lois concernant la fiscalité et de la création de programmes connexes, et de meilleures perspectives d’augmentation du nombre de fondations de bienfaisance au Canada.
- Pour les organismes qui ont commencé plus récemment à obtenir des fonds gouvernementaux, il est difficile d’obtenir des subventions de fonctionnement et de recevoir suffisamment d’argent pour s’établir ou se développer.
- Les artistes choisissent ou sont obligés de créer et de produire des œuvres à l’extérieur des institutions ou au sein de collectifs.
- Dans les organismes artistiques, il existe des tensions intergénérationnelles entre les chefs de file de la génération du baby-boom et les plus jeunes artistes et administrateurs au sujet de l’équilibre travail – vie personnelle, des conditions de travail, de la rémunération, des habitudes de consommation et de l’application de la technologie.
- Les artistes établis et les chefs de file artistiques approchent de l’âge de la retraite et il faut par conséquent attirer et former les nouveaux talents de la jeune génération, gérer la relève dans les organismes artistiques et préserver le patrimoine artistique.
- La reconnaissance croissante qu’il faut trouver de nouveaux chefs de file visionnaires dans le secteur des arts qui sont capables de créer des liens constructifs avec un public plus large.
Changements au sein des gouvernements et des organismes publics de soutien aux arts
- La croissance et la diversité des sources de soutien public aux arts, notamment l’engagement des différents ordres de gouvernement d’appuyer financièrement les arts. Toutefois, ce soutien varie considérablement d’une province et d’une municipalité à l’autre.
- Des mandats et des pratiques diversifiés et parfois en conflit les uns avec les autres chez différents organismes de soutien aux arts, notamment dans les ministères gouvernementaux et les conseils des arts, alors que d’autres organismes de soutien du secteur public collaborent de plus en plus fréquemment et harmonieusement.
- La nature changeante des relations entre le Conseil et le gouvernement fédéral en raison du rôle accru du ministère du Patrimoine canadien dans la prestation de programmes ; les changements apportés aux buts des programmes du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international; la réaffirmation, par le gouvernement fédéral, du rôle des sociétés d’État comme organismes chargés de contribuer à la réalisation des objectifs de politique gouvernementale; des exigences plus strictes en matière de responsabilisation et d’évaluation de programmes; une concurrence de plus en plus farouche pour obtenir des ressources publiques de la part des secteurs considérés plus importants, comme l’environnement, la santé et la sécurité.
- La recherche, par les organismes de soutien, d’un bon « équilibre » entre le soutien aux clients traditionnels et celui aux nouvelles pratiques de la relève.
- La volonté croissante des organismes de soutien aux arts de comprendre quels aspects des expériences artistiques importent au public, de trouver des moyens d’approfondir la participation des gens aux arts et de stimuler la « demande » et l’« offre » pour les arts.
- L’incertitude des organismes de soutien, en ce qui concerne le meilleur moyen de promouvoir l’importance des arts et le soutien public qui leur est accordé : d’une part, le recours de plus en plus fréquent aux valeurs instrumentales plutôt qu’aux valeurs intrinsèques et, d’autre part, la reconnaissance du fait que les valeurs instrumentales ne rendent pas bien l’expérience des arts et ne reflètent pas son influence sur la vie humaine.
- La reconnaissance du fait que la justification des arts en termes de politique générale n’est pas assez bien ancrée, lorsqu’on la compare aux justifications invoquées par d’autres secteurs comme l’environnement, les soins de santé et l’éducation. Cependant, le domaine des arts pourrait collaborer avec ces secteurs dans une structure horizontale pour recueillir des éléments de preuve et améliorer les politiques.
Changements attribuables à l’internationalisation ou à la mondialisation
- Les puissants effets de la mondialisation du marché/de la communauté sur tous les aspects de la création, de la production et de la diffusion des arts.
- L’exigence de produits de plus grande qualité, chez les Canadiennes et Canadiens qui voyagent à l’étranger, ce qui oblige les organismes artistiques canadiens à concurrencer des secteurs des arts bien plus généreusement subventionnés par leurs pays respectifs, et ce, à l’échelle mondiale.
- Des perspectives très intéressantes pour les arts canadiens sur la scène internationale, surtout les arts issus des communautés de la diaspora, les réseaux d’artistes des différentes communautés culturelles et les œuvres d’artistes autochtones.
- Les attitudes « antiprotectionnistes » favorisées par la libéralisation des échanges commerciaux, la mondialisation de l’industrie du divertissement, ainsi que la concentration de plus en plus grande de capitaux dans les secteurs des télécommunications, des médias et des industries culturelles.
Août 2007
[1] Statistique Canada, Le Quotidien, 22 mars 2005. Veuillez noter qu’aux fins de la présente étude, Statistque Canada utilise le terme « minorité visible » tel qu’il est défini dans la Loi sur l’équité en matière d’emploi. D’après la Loi, «Font partie des minorités visibles les personnes autres que les autochtones qui ne sont pas de race blanche ou qui n’ont pas la peau blanche. » [2] Statistique Canada, Le Quotidien, 28 juin 2006.
[3] Statistique Canada, résultats du recensement de 2006 (97-550-XWE2006001).
[4] Les données sur l’urbanisation sont tirées du rapport Les artistes dans les grandes villes du Canada, de Hill Strategies, 2006 (www.hillstrategies.com). L’information est basée sur les données du recensement de 2001.
[5] Statistique Canada, Le Quotidien, 27 février 2007.
[6] Cette croissance est rapportée depuis trois décennies et ne manifeste aucun signe de ralentissement. Dans son étude Les artistes dans les grandes villes du Canada, Hill Strategies a noté qu’entre le recensement de 1991 et celui de 2001, la croissance du nombre d’artistes a été presque trois fois plus élevée que celle de la main-d’œuvre dans son ensemble.
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